Les valeurs du village

À travers ses actions, le Village documentaire porte des valeurs humanistes, fondées sur l’ouverture sur les autres cultures, la liberté de création, la liberté des peuples, le partage.
Dans le même mouvement où le Village assume et revendique son ancrage le plus fort dans le territoire, il assume et revendique son appartenance au monde, son ouverture sur celui ci.
C’est pourquoi il ambitionne de réunir ses forces pour favoriser l’échange, la création la diffusion entre ceux qui ici et ailleurs font vivre le cinéma documentaire indépendant et de création.
Dès son origine Lussas s’est constitué comme un lieu de réflexion, de fabrication et de diffusion de ce qu’on nomme documentaire de création ou d’auteur.

On ne peut aborder le documentaire sans l’inscrire dans ce que nous postulons être une véritable ligne anthropologique : celle qui relie les films de Chris Marker aux premières images de la grotte Chauvet. Celle qui affirme que de tout temps, à travers les temps, les cultures, l’Histoire, les hommes ont eu recours au langage mais aussi à la représentation en « images » pour pouvoir se constituer comme sujets. Pour pouvoir trancher entre eux et le monde, entre eux et l’autre, entre eux et les dieux. Pour pouvoir penser et se désigner les uns et les autres.

Le film documentaire d’auteur en tant qu’œuvre de représentation du monde échappe au terrorisme des images sensationnelles et spectaculaires qui cultivent l’immédiateté et la sidération. Au contraire, il produit des images qui aident à penser, travaillent et nous travaillent sur le terrain de l’intelligence sensible. Il bouscule, questionne, intrigue, il donne à réfléchir sans livrer de conclusions préétablies en permettant d’accéder à d’autres représentations des réalités du monde.
À notre époque où domine le « prêt à penser », il revendique sa posture radicale d’objet singulier, qui parle en son nom propre, invente sa forme pour tenter de déchiffrer quelque chose de la réalité en laissant le champ libre à l’interprétation.

Il y a des films, comme des livres qui font de nous des êtres un peu plus pensants, un peu plus sensibles, un peu plus attentifs au monde, et aux autres vivants. Ces œuvres ne sont jamais difficiles ou faciles. Elles sont le lieu d’une rencontre toujours possible entre ceux qui voient et ceux qui regardent, elles sont le lieu toujours possible d’un éblouissement, d’une joie incomparable, pour celui qui lisant un livre, voyant un film, à la fois découvre et reconnait, se découvre et se reconnaît.
Que deviendra ce monde si on renonce au savoir, à l’émotion, au questionnement au prétexte que cela ne convient pas au plus grand nombre ?
Nous voulons continuer d’être les passeurs de ce possible, au plus petit comme au plus grand nombre. Nous voulons aider à ce que ces films – de création - , c’est à dire qui ne sont pas interchangeables, existent, et à ce qu’ils soient vus, partagés, débattus, pour leur complexité, leur singularité, leur fragilité .
Nous voulons que les films qui ont changé notre vie, l’ont éclairée, soient vus par d’autres que nous et par d’autres générations ; nous ne voulons pas que ce trésor vivant soit enterré, nous voulons que de ces films naissent d’autres films, d’autres récits, d’autres mémoires, … « pour la suite du monde », comme le dit le cinéaste québécois Pierre Perrault.